Claude Capillon
Maire de Rosny-sous-Bois, Président de Grand Paris Grand Est
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"Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons"


En 2012, la promesse emblématique du candidat François Hollande était : « Je créerai en cinq ans 60 000 postes supplémentaires dans l’éducation ». Les années passent et les problèmes que l’Education nationale affronte restent les mêmes. C’est ce que souligne la double page du Parisien aujourd’hui, dans un dossier intitulé « Le remplacement des profs, quel casse-tête ».

Quotidiennement, ce sont des milliers d’enfants inscrits dans des écoles publiques qui n’ont pas classe, faute d’enseignants de substitution. Le paroxysme de ce drame, et je pèse bien le terme puisque l’éducation constitue l’un des fondements de notre démocratie, se trouve dans l’enseignement secondaire où plus de six absences de courtes durées sur dix ne sont pas remplacées !

Depuis la rentrée 2013, l’Education nationale a enregistré un total de 31 000 créations de postes, chiffre bien éloigné de la promesse martelée durant toute la campagne du candidat Hollande. Cependant, avec autant d’enseignants supplémentaires, comment expliquer le fait que les jeunes Français aient à déplorer 20 000 jours sans professeurs depuis la rentrée 2015 ? Ne doit-on pas apporter une solution rapide afin de soulager l’angoisse des parents soucieux de constater que leurs fils et leurs filles débutent leur scolarité avec du retard sur les autres, sans prendre en compte le problème posé par la garde des enfants ?

Selon Claude Bisson-Vaivre, médiateur de l’Education nationale, la résolution de ce phénomène navrant passe par une réforme profonde de notre système scolaire afin de permettre une « gestion des personnels plus fine et plus souple ». Cette amélioration permettrait d’embaucher plus, de recruter mieux, et de répartir les effectifs disponibles en faveur des académies dans le besoin. 

Pour le moment, la double-page du Parisien constate de manière mitigée : « les 31 000 créations de postes écrites sur les lignes budgétaires ne se voient pas ou très peu dans les classes ». Face aux multiples absences non remplacées, les élèves sont répartis dans différentes classes, ce qui augmente pour les professeurs le nombre d’élèves à gérer, charge de travail supplémentaire qui accroît la fatigue du personnel enseignant. Ce cercle vicieux explique la démotivation et le sentiment d’abandon de certains professeurs, le tout accompagné d’un manque de reconnaissance sociale condamnable, ce que nous pouvons constater sur le terrain. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps, les instituteurs faisaient partie des notables de la commune.

Toujours au sein du quotidien régional, nous apprenons qu’en Seine-Saint-Denis, la pénurie de professeurs en primaire « atteint des sommets », carence profonde qui engendre le non-remplacement de certains congés maternités longues durées, même pour certaines classes charnières dans le parcours scolaire d’un enfant, à savoir le CP et le CM2. C’est d’ailleurs à ce sujet qu’un Rosnéen m’a récemment sollicité, afin de lancer un signal de détresse : son fils de trois ans, tout juste arrivé à la maternelle, a connu sept maîtresses différentes en moins de deux mois !

Cette situation est particulièrement affligeante en Seine-Saint-Denis, département le plus jeune et le plus pauvre de France métropolitaine. L’inégalité d’accès aux institutions scolaire constitue selon moi le principal vecteur de reproduction des difficultés sociales face auxquelles sont statistiquement plus exposées une partie des habitants du 93 (chômage, précarité…). Lors de mon arrivée à Rosny en tant qu’élu, j’ai été particulièrement choqué par le terme « inemployablité » qui qualifiait certains jeunes déscolarisés. Force est de constater que ces personnes, à peine sorties de l’adolescence, sorti du cycle scolaire depuis plusieurs années,  n’avaient jamais travaillé, intériorisé les codes liés au monde professionnel, et surtout, n’avaient pas l’habitude qu’on leur confie des responsabilités.

Voilà pourquoi, l’un de mes principaux engagements en tant que maire, fut de proposer à cette jeunesse en manque de repères une intégration progressive dans le monde professionnel, grâce à des formations comprises par les différentes politiques de la ville.

Au XIXème siècle déjà, Victor Hugo déclarait : « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ». Il y a près de 200 ans, ce grand romancier et homme politique avait déjà perçu dans les institutions scolaires une alternative crédible à la délinquance et la pose de jalons solides permettant à la jeunesse d’envisager l’avenir de façon plus sereine.

Publié le 04/04/2016

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