Claude Capillon
Maire de Rosny-sous-Bois, 1er Vice-Président de Grand Paris Grand Est
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Les voeux de Rosny : hommage à Charlie, aux pompiers et aux secouristes


Celles et ceux, très nombreux, qui ont participé à la cérémonie des voeux de Rosny-sous-Bois, se souviendront longtemps de ces moments d'émotion collective en hommage aux attentats de la semaine dernière et envers tous ceux qui sont intervenus lors de la catastrophe du 31 août dernier. Voici mon discours :

Monsieur le Préfet,

Mesdames, Messieurs, les conseillers régionaux, généraux

Mesdames, Messieurs les maires, chers collègues

Mesdames, Messieurs, les élus

Mesdames, Messieurs, chers Rosnéens,

 

Je vous souhaite la bienvenue dans notre Hôtel de ville et vous remercie d’être venus si nombreux à l’occasion de la traditionnelle cérémonie des vœux de Rosny-sous-Bois. Compte tenu de la situation exceptionnelle et terrible dans laquelle est plongé notre pays, c’est sous le signe de la gravité, de la solennité que je souhaite placer cette soirée.

J’avais prévu de vous parler des projets qui animent Rosny-Sous-Bois et qui font de notre commune une ville dynamique et agréable à vivre ; une ville qu’on aime. Mais, je n’ai vraiment pas le cœur à cela.

Je n’ai pas le cœur à vous expliquer la démarche que nous avons entreprise en partenariat avec le Sipperec pour doter Rosny-sous-Bois de la géothermie, une source d’énergie inépuisable et écologique.

Je n’ai pas le cœur à vous présenter la révision du Plan Local d’Urbanisme qui doit fixer les règles d’urbanisme sur le territoire communal pour les dix prochaines années.

Et il serait indécent de vous faire part des difficultés financières qui frappent toutes les communes de France.

A Rosny, nous avons payé en 2014 un tribut lourd en vies humaines, à cause de l’effondrement d’un immeuble qui causa le décès de 8 personnes à la rentrée scolaire.

Le drame le plus terrible qu’on ait jamais connu à Rosny nous a fait aborder ces fêtes de fin d’année avec un goût amer en ces moments de retrouvailles familiales pour ces familles qui ont perdu un être cher.

Alors que chacun attendait que 2015 nous permette de tourner la page, voici que nous avons eu à faire face à la barbarie, à l’horreur, à l’indicible, qui ici, comme dans tout le pays, nous a traumatisées, mais qui prend un relief encore plus tragique puisque le fils de Tignous et sa maman ont des liens avec Rosny.

Après l’émotion, place dans les jours et les semaines qui viennent aux questions, à l’inquiétude d’une nouvelle attaque, et c’est bien normal.

En tant que maire et avec vos élus, nous ne sommes pas des acteurs de l’anti-terrorisme, mais je crois que nous avons notre part à prendre. C’est dans la coopération pleine et complète avec tous les services de sécurité de l’Etat que nous pouvons remplir notre rôle.

 

Mais je n’oublie pas non plus que nous sommes des élus de proximité, de rapport direct avec la population. Notre responsabilité aujourd’hui, c’est d’avoir le courage de dire les choses, avoir le courage de poser les questions, de mettre les débats sur la table, sans passion, sans volonté de polémiquer mais avec équilibre, rigueur, et surtout, en me gardant bien de sombrer dans le politiquement correct.

Donc, je vous pose la question : un problème non-dit est-il voué à ne pas exister ?

Alors j’ai décidé ce soir, en ma qualité de maire de Rosny-Sous-Bois, conscient de ma responsabilité et de mes devoirs, de vous dire les choses, sans détour.

Ce qui s’est passé la semaine dernière, et qui, ne nous trompons pas, nous menace encore, ce n’est pas le fruit de l’immigration, qu’elle soit régulière ou non. Ceux qui ont commis ces actes sont nés en France sont français, ils ont des cartes d’identité, ils sont issus de plusieurs générations de français.

Il ne faut évidemment pas tomber dans l’amalgame entre une religion et son intégrisme, mais ayons le courage de commencer par reconnaître que c’est la société française qui a produit ces terroristes français, qui  nous ont attaqué sur le sol français. Ce n’est pas l’immigration clandestine, pas d’amalgame.

Ce qui s’est passé la semaine dernière, ce n’est pas un terrible attentat terroriste de plus. Non. On a abattu de sang-froid, de manière préméditée organisée, planifiée, d’innocents êtres humains, pas au hasard, mais pour ce qu’ils étaient. Parce qu’ils étaient journalistes pour les uns, policiers pour les autres, juifs enfin.

On s’en est pris à la liberté d’expression, à la liberté religieuse, à la République.

Au fond, quand on tente de mettre tout ceci en cohérence, il devient évident que l’on a cherché à toucher à nos valeurs républicaines, au premier rang desquelles la laïcité.

Il faut avoir le courage de reconnaître que c’est la laïcité et ses principes qui ont été attaqués.

Car la laïcité, ce n’est pas l’interdiction de croire, c’est au contraire la garantie offerte à chacun de croire, de pratiquer, ou de ne pas croire. C’est la liberté garantie pour chacun d’appartenir à n’importe quel courant spirituel ou religieux, tant qu’il respecte les lois de la République.

La laïcité, c’est la promesse faite à chaque citoyen que la République lui confère des droits et des devoirs identiques, que l’on soit chrétien, juif, musulman, agnostique, athée.

La laïcité, c’est aussi – et peut-être même surtout – la garantie de la liberté d’expression, tant qu’elle s’inscrit dans le cadre de la Loi.

Je le dis sans polémique mais avec gravité, la liberté d’expression, c’est le droit à la critique, à l’humour, à l’exercice de l’esprit corrosif et grinçant, y compris à l’encontre de religions, quelles qu’elles soient.

JE refuse catégoriquement d’entendre que les dessinateurs  de Charlie Hebdo l’ont bien cherché ; sinon ce serait acter la fin de la liberté d’expression et le début de la censure.

La République, seule, ne peut pas lutter contre les extrémistes. Elle a besoin d’être aidé, soutenue par les représentants de la religion dont les extrémistes se réclament pour réussir.

Les musulmans, puisque ces fous furieux se réclamaient de cette religion, ont besoin de l’aide de la République justement pour ne pas faire d’amalgame. Parce que le monde musulman est aujourd’hui en crise comme l’a rappelé Dalil Boubeker, recteur de la Grande mosquée de Paris. Il a besoin de nous.

Quand on explique que les dessinateurs de Charlie Hebdo sont évidemment innocents, mais qu’on ajoute au détour d’une phrase qu’ils avaient quand même bien cherché. Est-ce que l’on ne glisse pas doucement mais surement vers la justification d’actes terroristes ?

Je réponds OUI et c’est inacceptable.

Le jour où l’on s’interdira de manifester des opinions, d’argumenter en faveur de telle ou telle cause ; ce jour-là, on ouvrira la porte à l’obscurantisme, et au recul des libertés fondamentales.

Voilà mes chers amis pourquoi notre principal salut réside dans la défense de la laïcité, sans aucun compromis, ni renoncement.

Les lois de la République sont vertueuses parce qu’elles s’imposent à tous. Les lois ou règlements d’exception font du mal à la liberté.

La laïcité, elle, offre à chacun sa liberté de conscience, à la condition exclusive qu’elle reste dans la sphère privée, personnelle car dans la vie publique et collective, le prosélytisme n’a pas sa place.

Nous devons être beaucoup plus fermes sur l’affirmation des principes de la laïcité, et surtout, sur leur respect absolu, seul rempart aux intégrismes.

En tant que maire, j’entends mettre en application ces principes. Que chacun pratique, cultive sa foi dans le domaine privé. Mais, ce n’est pas à la République à s’adapter aux croyances religieuses, c’est l’inverse !

C’est valable pour tout le monde, sans aucune exception.

Je le redis à l’adresse de tout le monde, de toutes les cultures, de toutes les croyances, de toutes les religions, vous avez tous votre place et tous votre liberté de conscience sur le territoire national, mais sur ce territoire, rien ni personne n’est au-dessus des lois et des valeurs de la République, qui doivent être respectées et appliquées.

Quand on bénéficie de la protection des valeurs de la République, on accepte avec elle de les respecter ; ce n’est pas à la République de s’adapter.

- Mesdames et Messieurs, je vous demande à présent de respecter une minute de silence à la mémoire des 17 victimes.

 

Enfin, je voudrais conclure sur une note plus positive en vous parlant de toutes celles et tous ceux, parents, proches, sauveteurs, forces de l’ordre, personnels médicaux, anonymes, qui spontanément, se sont mobilisés à l’occasion du drame qu’a connu notre Ville fin août.

Cet élan de solidarité sans pareil anima Rosny durant plusieurs mois après la catastrophe, tout comme la France toute entière s’est emparée la semaine passée de cet élan de solidarité. En y repensant, en regardant les images et ces foules dignes, toutes ces évocations me redonnaient de l’espoir, et confirmaient toutes les raisons qu’il y a de croire dans le genre humain. Car, les hommes sont capables du pire comme du meilleur et parfois le meilleur surgit quand le pire se produit.

Je vous le dit sans ambages, je suis fier d’être le maire de Rosny-sous-Bois, peuplée d’habitants prêts à tendre la main à leurs concitoyens dans le besoin. C’est le Rosny qu’on aime tous. C’est celui que vos élus s’attachent à défendre.

On l’a constaté, ici, dans cette commune comme je viens de vous l’expliquer, ensemble nous sommes capables de réaliser de grandes choses et de traverser les difficultés.

Cette expérience m’a fait repenser à ce qu’écrivait Ernest Renan: 

Je cite :

« Ce qui constitue une nation, ce n’est pas de parler la même langue, ou d’appartenir à un groupe ethnographique commun, c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir. »

 

En ces temps de crises, sur fond de radicalisation des opinions alors que l’intolérance et l’intransigeance menacent la France et les Français, il me semble important de se rappeler de cet élan de solidarité, notamment les premières personnes arrivées sur le site, les associations, les entreprises, les commerces et les Rosnéens qui pendant des semaines ont collectés tous les dons.

Et je voudrais un tonnerre d’applaudissement pour honorer la mémoire des victimes, saluer les rescapés et remercier tous ceux qui, de près ou de loin leur ont porté secours.

 

(Applaudissements)

 

Ainsi, je terminerai mon propos sur une note positive, une note d’espoir qu’il nous faudra chérir et entretenir tout au long de l’année.

 

Vive la République !

Vive la France !

Vive Rosny-sous-Bois !

 

Marseillaise

Publié le 15/01/2015

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